
Les seigneurs s’approprient les territoires, réduisent leurs habitant..es au servage, leur font construire les routes, et leur facturent au péage l’usage de ce qu’i..elles ont bâti.
La substitution d’E-bur par Elrish s’inscrivait dans un phénomène de désintermédiation plus profond.
Cette transformation s’en prenait directement aux parasites qui se servaient allègrement à chaque échange entre producteur..ices et consommateur..ices, sans jamais y apporter la moindre valeur. Les péages privés passaient peu à peu aux mains de ceux qui les construisaient, les entretenaient et les utilisaient, se rapprochant d’un pas vers le bien commun.
Le plus fragile des marchés était précisément celui de plateformes d’intermédiation, qui multipliaient à moindre frais des péages virtuels en proposant de mettre en relation des clients et des vendeurs, pour empocher de l’argent à chaque transaction.
Contrairement à bon nombre d’entreprises, ces péagistes ne pouvaient user de la propriété privée* pour s’accaparer des brevets, des espaces ou des ressources essentiels au fonctionnement du marché* — et donc le contrôler en empêchant l’émergence d’alternatives et donc forcer la main des consommateur..ices*.
C’était un modèle économique risqué puisqu’i..el suffisait que les client..es et les vendeur..ses* se mettent d’accord pour produire leur propre plateforme — ce à quoi i..els avaient tout intérêt par économie, efficacité et souveraineté — et le parasite mourrait. En somme, ce type de parasite survivait aussi longtemps que ses hôtes croyaient à son artificielle nécessité.
Aeger Utum, Chronologie Exocapitaliste
L’hégémonie des seigneurs de la tech tenait à ce qu’ils étaient arrivé les premiers sur des marché sans concurrence directe, alors que venaient de s’ouvrir les portes des terres virtuelles. Ils avaient eut l’occasion historique d’être les premiers à proposer un moteur de recherche, une application de mise en relation dans tel ou tel secteur, un site de vente en ligne…
Mais par hubris ce succès faute de mieux s’éroda année après année alors que les marges grimpèrent, gonflèrent les prix* et diminua la qualité du service.
Lors, des concurrents avides séduisirent les insatisfaits pour prendre une part du gâteau. Et au cours de la bataille des marges, ce fut aux travailleur..ses éburisé..es de payer la différence.
C’est avec la naissance de Corn Stash, que les historiens contemporains situent le début de ce mouvement coopératif de masse. Cette initiative venue d’Asie du Sud-Est n’avait pas tardé, quelques temps avant Elrish, à se répandre sur le monde.
Cette plateforme proposait aux créateur..ices de contenus pour adultes de reprendre la main sur leur outil de travail en créant un dupe d’OnlyFawns via lequel i..els vendaient des contenus érotiques et pornographiques en cédant au passage 20% de la valeur qu’i..els produisaient. Une extorsion en règle.
Or ces créateur..ices généraient des milliards de profits, ce qui motiva un petit groupe à convaincre les autres de s’organiser pour distribuer leur contenus sur une plateforme dont ils seraient tous propriétaires à part égale. Les commissions prélevées serviraient uniquement au fonctionnement de Corn Stash et au financement de projets décidés par la communauté, supprimant ainsi la rémunération d’actionnaires qui s’engraissaient sur leur sexe.
Cette idée simple séduit rapidement de nombreux..ses créateur..ices de contenus qui investirent directement et sans prendre de risque, connaissant pertinemment la rentabilité du modèle. En bon..ne ambassadeur..ices intéressé..es au succès, i..elles en firent la nouvelle application de référence, et Onlyfawns, déserté, ne fut plus qu’un mauvais souvenir.
L’argent précédemment versé aux actionnaires permit alors de soutenir les plus précaires, d’organiser une protection sociale, de mener des projets de prévention, de formation mais aussi de conversion pour cell..eux qui souhaitèrent quitter la profession.

Cet exode en inspira bien d’autres, et de nombreux autres dupes libertaires de plateformes, issus de coopération entre utilisateur..ices et producteur..ices de contenus, virent la jour à la suite de Corn Stash.
Parmi eux, Conchord permettait à des communautés d’utilisateur..ices d’échanger, de s’organiser et de co-créer des projets ; StopHifi d’écouter de la musique en rémunérant correctement les artistes et sans financer de génocide ; OurTube de visionner des vidéos en streaming et Glytch en live streaming … Enfin des messageries chiffrées décentralisées commencèrent également à voir le jour sans propriétaire — une des dernières menaces aux échanges chiffrés de bout en bout —, permettant ainsi d’échapper complètement à l’indiscrète vigilance des États et des capitalistes. Or un système de communication invisible à l’œil de la Bête est toujours un avantage considérable quand i..el s’agit d’allier les masses contre elle.
I..El faut bien dire qu’à cette époque, tous..tes se sentaient un peu prisonnier..es de compagnies peu scrupuleuses prêtes à dévaster la neurochimie des gens, vendre leurs données aux plus offrants et manipuler massivement les réalités. Or en s’émancipant du joug des milliardaires, les applications alternatives furent à même de corriger tous ces problèmes en améliorant au passage la qualité des produits proposés.
Très vite ces nouveaux dispositifs s’imposent comme des espaces mieux modérés, où l’expression est beaucoup plus libre, la protection des mineur..es bien meilleure et les algorithmes en adéquation avec les besoins exprimés par les utilisateur..ices, en bref, bien plus agréables. Ils étaient également beaucoup moins addictifs et bien meilleurs pour la santé.
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Ainsi fendu le net propriétaire pouvait être peu à peu réassemblé en communs, et les plus attentifs de mes lecteur..ices contemporain..es y reconnaîtront peut-être l’ancêtre de notre Coopérative Intégrale Digitale (CID), qui entretien encore nombre de ces dupes sous une forme ou sous une autre.
À l’origine de cette intercoopération se trouvaient des intérêts communs et des besoins en ressources mutualisables qui allaient naturellement structurer ce réseau. C’est d’ailleurs à cette époque que naquit la BeWater foundation dont la raison d’être était de lever des fonds et de développer un parc d’hébergement réservé au web libre, open-source, décentralisé et coopératif. Un parc de serveurs qui, placé dans des juridictions aux intérêts opposés et aux législations incompatibles un peu partout dans le monde, permettait aux hébergés de fragmenter, crypter et déplacer leurs données de telle manière qu’i..els leur était possible d’échapper à la surveillance massive des États scélérats.
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L’inoffensive coopération, jusqu’alors confinée à l’ombre des Géants, passa donc en contrebande par les réseaux numériques, traversa les frontières et atterrit directement sur les écrans que la Bête avait placés dans nombre de mains. Mais cette fois-ci, leur lumière bleue fit rayonner le Monde Prochain.
Une propagande par le fait qui entraîne un mouvement irréversible.
Des graines de C’est possible pénètrent les terres de Déjà-là,
s’apprêtent à s’hybrider entre là-haut et ici-bas,
et faire naître de nouveaux plants, d'une fécondité bienvenue.
*se référer au glossaire
